1- Ce mouvement est parti des affirmations suivantes portées par des lycéens devant leurs établissements : « On veut pouvoir étudier correctement, on veut être considérés et reconnus comme des lycéens à part entière. » Il commence dés la rentrée à Mayotte où les conditions d’études sont bien pire, puis démarre 3 semaines après, ici, à Créteil.
A cela, le gouvernement a de suite opposé une brutalité sans nom, alors qu’il a affaire à des lycéens de 15 ans ! Il a fait le choix de ne pas les écouter, de ne pas discuter avec eux.
Suite aux affirmations des lycéens s’est développé un grand mouvement de solidarité, d’abord des lycéens entre eux pour appuyer l’affirmation que chaque lycéen doit être accueilli dignement dans son établissement. Même si certains reconnaissent que eux sont bien lotis, ils se joignent au mouvement sur ces points : « car il faut les mêmes choses pour tous, les mêmes facilités pour étudier », « Nos privilèges devraient être des droits pour tous ».
Ensuite des adultes, des parents, des enseignants, des personnels administratifs s’en sont mêlés, contre la violence policière qui s’est déchaînée et pour le respect des lycéens. Cela a fait tache d’huile.
Ce qu’affirment tous ces jeunes, c’est que l’état doit assurer un accès égal aux savoirs pour tous. Cela est au centre de ce qui se passe dans les lycées. Un accès aux savoirs indépendamment de ce que le jeune fera ou non plus tard comme métier. Avec cette affirmation, ils refusent la pratique du tri tout au long de la scolarité que subissent les enfants dès les premières années de maternelle, jusqu’après le bac avec Parcoursup.
C’est un mouvement national, non seulement parce qu’il concerne des lycées partout en France, dans les villes comme dans les campagnes, mais aussi parce que dès le début il s’est affiché porteur d’une idée nationale, d’une idée du pays, d’un rapport à tous les habitants. Il y a une forte responsabilité et un fort investissement des jeunes là-dessus, et c’est indéniable quand on entend :
« si nous ne sommes pas bien formés à l’école, on ne pourra pas assurer le développement du pays car c’est nous les futurs adultes, pour cela il nous faut des locaux en état et des professeurs ».
Ils portent une idée de la France, revendiquée comme telle, en réactualisant par leurs pratiques et leurs revendications la devise révolutionnaire : « Liberté, Egalité, Fraternité. » Cela se manifeste aussi par les nombreux drapeaux tricolores dans les manifestations : par exemple, deux jeunes femmes à la question « pourquoi portez-vous ce drapeau? » répondent : « c’est parce qu’on est françaises et que le drapeau tricolore c’est la révolution, et que la France c’est nous ! » Un jeune homme qui le brandit également « c’est parce que je suis français et il ne faut pas le laisser à ceux qui le salissent, il n’est pas à eux. C’est « liberté égalité fraternité », ça inclut tout le monde, et bien sûr les immigrés ».
Il y a un souci très fort de la France, du pays, de ce qu’il devient et de la volonté d’influer dès maintenant sur son devenir. Ainsi l’affirmation d’un lycéen, après s’être fait chasser de devant son lycée par des CRS les inondant de gaz lacrymogène et de coups de matraques : «vous inquiétez pas monsieur, nous on va le faire renaitre ce pays ».
Il y a une grande fraîcheur, de l’intelligence et de l’enthousiasme, dans ce mouvement de la jeunesse, qui frappe par son désir affirmé d’égalité, pour que chacun.e ait une place dans le pays et soit reconnu à part entière.
Propos tenus en réunion :
- S : « c’est la question de l’intérêt général qui est posée par les jeunes, ce que les politiques ont voulu faire disparaitre » ; « on est dans une société corrompue, car les politiques disent une chose et ne la respectent pas » ; « Dans les manifestations avec tous leurs panneaux les jeunes disent : « on pense par nous mêmes » ».
- C : « la situation n’est pas bonne à cause de la politique de séparation et de division des gens : les médias ne parlent que de casseurs et de voleurs, comme si il n’y avait pas autre chose. Il faut dire pourquoi il y a toute cette colère, les responsables de l’Etat devraient avoir honte. Ce qui se passe c’est un bon point pour les gens, car le gouvernement se moque de la vie des gens, leur vie ne compte pour rien à leurs yeux. C‘est aux gens à poser les choses : l’égalité, la justice, le droit, une vie = une vie. Les gens ne font pas de différence entre chacun, ce mouvement parle pour tout le monde. Il y a une force énorme, intelligente, le pouvoir est paralysé.»
- B : « ce qui me frappe, c’est leur volonté d’égalité et leurs prises de position sur le pays ; ils disent des choses sur le pays qu’ils veulent ; ils disent aussi : vous ne pouvez pas continuer à nous ignorer ainsi. Il y a plein d’inventions, et pour eux cela ne se joue pas dans les élections. Nous vivons une situation où il y a beaucoup d’espoir, et pas qu’en France, et en face il y a des pouvoirs qui se raidissent, qui poussent à la violence, à la haine. »
- R : « Il y a quelques semaines, j’étais déprimé en me disant qu’il ne se passait rien dans le pays, que l’avenir était très sombre. Devant les lycéens j’ai changé. Il posent un point qui tient pour tous : il faut l’égalité. Ils posent la question du pays avec fraicheur et intelligence. Il y a des forêts de pancartes formidables, dont une : « c’est pas les élections qui vont changer les choses ». Ils se présentent, ils ne sont pas la propriété des partis ou des syndicats ».
2- Pour l’Etat, les gens, les habitants du pays, sont ses adversaire, son ennemi : il manie une politique de tensions, de guerre en envoyant une police qui ne fait plus du maintien de l’ordre, mais agit comme un corps d’armée face à des ennemis. A cet égard, le déploiement des blindés Centaure est significatif. En les voyant passer dans une manifestation, une amie s’exclame : « c’est la guerre !? »
Cela se double d’une grande incompétence car visiblement les ministres et leurs conseillers ne sont jamais sortis de leurs bureaux dorés. Le seul rapport au réel qu’ils s’imaginent avoir, c’est à partir du discours RN sur la France, qui se résume aux catégories racistes de français et d’immigrés ou « issus de l’immigration » : un gloubi-boulga de visions racistes, xénophobes ; ils sont repliés sur eux-mêmes et convaincus que le seul monde qu’ils connaissent doit être perpétué à l’infini comme le seul possible, et ainsi rester au service des dominants dont ils font partie.
Leur boussole, ce sont les outils « de pensée » que leur ont mis entre les mains le FN/RN : le sécuritaire comme réponse à n’importe quelle question ou problème rencontrés, et traiter ainsi toute opposition qui se lève devant leur politique.
Nous touchons le bout de ce qu’a produit la mise en place, à partir de Sarkozy, d’un Etat qui se pense sans peuple, dans le sens où il n’a plus de compte à rendre à quiconque, et que sa seule politique se résume au maintien des privilèges de certains.
Une politique qui se résume à cela ne peut pas ouvrir à une ou des idées positives sur le pays, à propos des gens qui le composent.
3- A l’inverse, les déclarations des lycéens d’ici sont reprises à l’étranger, et on voit de jeunes grecs brandir des banderoles en français, de jeunes italiens, soutenir le « mouvement du 17 octobre. » Eux ont compris qu’il se passait quelque chose d’important, de porteur d’avenir. Ils voient, nous voyons, des affirmations fortes portées par ce mouvement, par des gens différents. Nous en avons relevé quelques unes ci-dessus.
Il ne s’agit pas de dire que c’est la révolution, l’insurrection etc…, mais bien de s’interroger sur comment toutes ces affirmations, tous ces points porteurs de transformation du pays peuvent perdurer et transformer le réel de notre pays.
Comment tenir, être en capacité de les faire vivre concrètement dans la durée, indépendamment des élections. Cette question est posée à chacun.e d’entre nous. Discutons-en.
Travail collectif
07/11/2026
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