I – Il ne faut pas s’étonner, quand on s’en remet aux élections pendant 50 ans, de se retrouver avec le RN aux portes du pouvoir et avec ses idées politiques déjà appliquées et mises en oeuvre par de nombreuses lois et mesures votées au Parlement, ou prises en Conseil des Ministres : politique de séparation des gens, lois xénophobes, lois sécuritaires, lois anti-pauvres, anti-jeunes…
C’est en effet un long processus qui va de « élections piège à cons » de 1968, à « élections = démocratie assurée et liberté » de 1981 avec Mitterrand, et surtout au passage l’abandon malheureux, en rase campagne, pendant tout ce temps du « do it your self !», « faites le vous même ! » qui soufflait dans toute la société durant les année 70.
Les élections nous sont vendues aujourd’hui comme un moment de « décision ultime », de « choix essentiel » ; mais de quelle décision parle-t-on ? Les élections permettent-elles d’ouvrir les questions ou au contraire de les fermer ?
Le geste électoral, le fait de voter, de mettre un bulletin dans l’urne, d’être réduit à être « un électeur » (comme on est par ailleurs compté et reconnu parce que « consommateur ») dit et prescrit subjectivement plusieurs choses :
- C’est avant tout un acte d’allégeance, de soumission, de défaitisme et à la fin d’acceptation des choses telles qu’elles sont, telles que l’Etat, les partis, les dominants décident de les faire aller.
- Il permet, une fois le temps électoral clos, de justifier et de valider ensuite les pires lois de persécution, de répression et de démantèlement de tout ce qui va encore dans le sens de soulager la vie des gens par le biais de ce qu’on appelle « les services publics ».
- Les thèmes, la temporalité des choses, l’intensité donnée à certaines questions ou non, tout cela est externe aux gens, à ceux soi-disant appelés à décider. Car tout est et reste entre les mains des partis et de leurs dirigeants et des médias commentateurs.
- Les élections sont le règne de la non-pensée, de la non-politique, de la non-décision individuelle : on s’en remet in fine à celui ou celle censé.e nous représenter.
- C’est l’abandon de tout principe, de toute idée forte qui parle pour tous, pour l’égalité et les droits et la reconnaissance de chacun.
- Les élections sont là pour essayer de faire oublier qu’il y a toujours en dernier ressort le terrain des gens et celui de l’Etat et du gouvernement ; il y a ce qui est pensé et tenté du point des gens, du côté de la vie des habitants du pays, de tous les habitants, et ce qui est imposé en excluant telle ou telle catégorie de tel ou tel droit.
II- Peut-on rentrer dans cette séquence sans aborder comme essentielle la question de la guerre, que ce soit celle d’invasion menée en Ukraine, ou celle qui se généralise au Moyen Orient ; guerre qui peu à peu, et dans les 2 exemples, devient mondiale ? Peut-on ne pas l’aborder et s’imaginer en sortir indemne ?
Dans la logique électorale seules les questions estampillées « sociales » ont droit de cité, mais bien sûr dans leur aspect le plus simple, sans pensée aucune sur ce qui est en jeu. Le RN y a d’ailleurs toute sa place, lui qui est pour un « social français », réservé à certains, bien « méritants » et bien reconnus comme « vrais » français.
Aborder la question de la guerre qui est déjà là, c’est l’aborder à partir de ce point, de ce constat lui-même qui nous interpelle : Comment y faire face ? Il ne s’agit pas que du soutien juste à apporter à la résistance au peuple Ukrainien (qui est très important), mais de cette situation d’ensemble que l’on ne peut pas simplement aborder à coups de slogans simplistes et sans nuances ou de “socialisation” de la guerre.
Socialisation de la guerre, car on croit s’en sortir en affirmant par exemple : « de l’argent pour nos services publics, pas pour l’Ukraine ». Mais que devient le peuple ukrainien lui-même ? sa volonté à exister ? Le passer par pertes et profits en dit long sur les capitulations à venir.
Slogans simplistes et sans nuances, où l’on cherche à quel grand camp se rallier : les Etats-Unis, la Russie, l’Iran, la Chine …? De même en rester à « Palestine Vaincra » alors que c’est la question de la destruction du peuple Palestinien, de son expulsion, de son éparpillement qui est posée, est d’une grande faiblesse. On peut plutôt regarder par exemple ce qui se fait, même de façon très minoritaire, mais bien réelle, du côté de tentatives d’entente entre Palestiniens et Israéliens pour une terre, un pays, où chacun est traité à égalité.
Essayer d’aborder la guerre qui est déjà là, de penser ce qui est possible du côté des gens, des peuples, des Etats, sans se rallier à un « camp », c’est à dire à une force impériale quelconque, est complexe et demande à être débattu, confronté. Ce n’est certainement pas dans le champ électoral que cela est possible et envisageable.
III – On peut poser soi-même les points, les énoncés que l’on pense importants. Tenir un point de débat, de travail, d’échange : voilà qui est tout autre que le geste électoral, qui s’arrête dès les élections déclarées terminées.
Se réunir, suivre des situations précises, s’intéresser à ce que vivent les voisins, à ce qu’ils en disent, dire soi-même ce que l’on a à dire, ce qu’on peut affirmer : on fait vivre ainsi ce fameux « do it yourself », « faites le vous-mêmes ! » L’exemple frappant qui me vient en tête c’est ce qu’ont développé, inventé, mis en place les habitants de Minneapolis aux USA pour protéger leurs voisins et leurs enfants persécutés par la milice fasciste (l’ICE) de Trump. Ils ont en grande partie gagné.
Nous avons proposé avant l’été, dans les colonnes du Journal des Possibles, de travailler à partir de la question : « Quel pays veut-on ? Quelle France ? Quelle place pour les habitants ? »
Cela a donné lieu à quelques textes, prises de position. Ce travail chacun peut le poursuivre, y participer. C’est ce qui peut permettre de faire sortir des points positifs qui cassent les logiques identitaires.
C’est un angle d’attaque important pour aujourd’hui, car comme le dit un ami, avoir une réponse sur la guerre, ça oblige à avoir un point de vue sur le pays.
Et, avec un petit clin d’oeil rafraichissant, je retranscris ce que m’a dit un lycéen dans le feu de l’action, qui avait bloqué son lycée pendant 2 jours et se retrouvait chassé avec ses amis ce jour-là à coups de grenades lacrymo de l’entrée de leur établissement : « Ne vous inquiétez pas monsieur, nous on va le faire renaitre ce pays » !
Jean-Louis
Octobre 2026
Texte en PDF :
