« Vous êtes coupables ! »

Sans être prononcée cette phrase est sous-entendue à longueur de journées. Exemple : un président qui tente pour la troisième fois de former un gouvernement à partir de deux groupes minoritaires nous annonce : « Si le gouvernement tombe et qu’il n’y a pas de budget à temps, ce sera la faute de l’opposition ». Impressionnant, non ?

Mais ce ne sont pas les partis d’opposition ou de gouvernement qui m’intéressent.

Premier niveau, vous êtes coupables !

Études supérieures
Je l’écrivais dans le Journal des Possibles (https://lejournaldespossibles.net/2019/09/12/parcoursup-ce-nest-pas-les-jeunes-qui-ont-un-mauvais-dossier-cest-le-gouvernement/) c’est très facile de culpabiliser les jeunes qui ne trouvent pas de place dans l’enseignement supérieur quand les gouvernements, depuis trois décennies, ont poussé toujours plus de jeunes à faire des études supérieures sans jamais s’occuper de créer les places nécessaires.

Écologie

J’entends qu’il faudrait moins consommer d’eau, alors que l’eau potable ne représente que 17% de la consommation d’eau et que de l’ordre de 30% de cette eau potable est perdue avant d’arriver chez les particuliers. Essayer de consommer moins d’eau, si chacun s’y emploie, ne fera, au mieux, rien sur la balance.

On nous dit qu’il serait possible de limiter les excès dûs aux transports. Mais comment ? À Paris des publicités fleurissent : prenez les transports en commun. Je les ai assez fréquentés pour le dire : les métros sont saturés. Aux heures d’embauche et de débauche il faudrait utiliser un chausse-pied pour faire entrer une personne de plus dans la rame. Alors les gouvernements mettent en place des contraintes comme les limitations Crit’Air qui attaquent directement les gens qui n’ont pas les moyens de changer de voiture…

Intégration
Il y a en France des gens qui ne seraient pas bien intégrés. Sur ce mot intégration, deux articles récents ( https://lejournaldespossibles.net/2026/06/02/a-trois-voix/ et https://lejournaldespossibles.net/2026/05/26/pour-moi-integration-cela-veut-dire-exclusion/) donnent des points de vue personnels. Beaucoup de personnes font des efforts pour s’intégrer et seront toujours accusées de ne pas en faire assez. Coupables donc.

Scène vécue : un homme parle avec autorité, il se vante d’avoir réussi à frauder les impôts, se plaint de devoir payer une amande pour avoir roulé plus vite que la vitesse autorisée. Puis, sur un autre sujet, il déclare : « Je n’ai rien contre les étrangers en France, à condition qu’ils respectent nos lois. » Comme lui ?

Le mot intégration ne sert qu’à diviser. Il n’est jamais défini. C’est un mot sans limite. Il y aura toujours une contrainte de plus qui ne sera pas respectée. La division se passe à cet endroit : il y aura toujours les gens qui ne sont pas intégrés, qui n’en feraient pas assez, et les gens auxquels on ne demande rien, qui « se sont contenté de naître ».

Deuxième niveau, pénaliser le tort à tort.

La culpabilité va un peu plus loin lorsque, par exemple, des sanctions sont annoncées. Exemple, le même gouvernement nous déconseillait de porter un masque jusqu’au 20 avril 2020 et, deux mois plus tard, pénalisait celui qui n’en portait pas. Il a même été question de ne pas admettre à l’hôpital les malades qui n’auraient pas porté de masque, coupables d’être tombés malades.

La campagne sur la fraude sociale entraîne des contrôles, une suspicion de fraude. Des mères isolées survivant grâce au RSA, sont alors accusées de frauder pour ne pas avoir déclaré comme revenu la revente d’objets ou vêtements qui ont été antérieurement payés beaucoup plus cher…

Dans beaucoup de pays, ceux qui en sont le plus victimes (ouvriers sans papiers par exemple), sont accusés d’être la cause du chômage. Comme si les entreprises qui licencient étaient dirigées par leurs ouvriers ! Cela va jusqu’à la déportation en masse de gens, doublement victimes, mais, parait-il, coupables.

Je pourrais donner des exemples par dizaines, mais je pense que vous avez compris ces deux parties : celui qui écoute reçoit jour après jour des phrases culpabilisantes. Puis il devra subir des sanctions totalement injustes.

Troisième niveau, trouver des coupables autour de vous.

Il y aurait parmi nous des coupables à désigner, à combattre, à chasser. Il est alors question des profiteurs, des assistés, des retraités qui coûtent trop cher et j’en passe. Mais, par exemple sur les retraités, ils ont cotisé toute leur vie, pourquoi les stigmatiser ? Qu’ils soient rémunérés à la fin d’une longue carrière est bien la contrepartie des cotisations payées chaque mois. De quoi sont-ils coupables ?

Un autre exemple, au Maroc un grand mouvement réclame la fin de la corruption. Tout le monde pense aux fortunes détournées des services publics. Mais un dirigeant attire  l’attention en parlant des petits fonctionnaires qui demandent un pot-de-vin pour s’occuper d’un dossier. Tout à coup les détournements massifs sont oubliés et chacun se concentre sur les gens qu’il croise. Loin de moi l’idée que les pots de vin sont excusables, mais ce n’est qu’une toute petite partie de l’iceberg.

Ces accusations sont proposées pour entraîner certaines personnes dans une politique de chasse contre une partie des habitants, et ceux qui se joignent à la chasse vont pouvoir participer à la curée.

Exemple aux USA : premier temps changer la règle et de nombreuses personnes nées en Amérique du sud qui étaient parfaitement légales, déclarées, payaient leurs impôts… se retrouvent sans papiers. Deuxième temps « confondre » ces personnes et les mafieux, annoncer que les cartels de la drogue ont des agents aux USA qu’il s’agit de chasser, et pourchasser tous les « illégaux ». Les arrestations se multiplient et ressemblent à des rapts, des hommes en arme, visage masqué, embarquent brutalement une personne sans lui dire le droit, sans lui laisser de droit.  Les agents ne s’embarrassent pas de subtilités, ils arrêtent quiconque pourrait être illégal, sans même se soucier de savoir s’il l’est ou pas, sans vérifier s’il a la nationalité étasunienne  !

Heureusement, contrairement à ce qu’attendait le gouvernement étasunien, il y a un troisième temps : de nombreuses personnes réagissent et empêchent beaucoup de ces arrestations insupportables.

Et nous dans tout ça ?

La première chose à faire est d’entendre les accusations, de les comprendre. Il faut donc trouver des personnes avec qui en parler. Ces accusations ne passeront pas parce que vous avez commencé à en parler autour de vous. Mais vous ne vous sentirez plus coupable, c’est une bonne étape.

Au Finistère les bénéficiaires du RSA ont été attaqués, humiliés, certains ont craqué et ont abandonné cette, pourtant faible, aide. Étonnamment, le Président du Conseil départemental n’a pas eu un mot d’excuse pour les méthodes employées. Son seul discours a été pour les résultats obtenus : le nombre d’allocataires qui baisse, comme si laisser une personne mourir de faim, laisser un enfant sans le minimum vital, étaient des objectifs vertueux. Mais en parler, dire la situation a changé les choses : des personnes au RSA se sont réunies, se sont faites aider et ont attaqué le Département en justice, pour « harcèlement ». Ce procès c’est une façon de se faire reconnaître comme victime, de se dire qu’on n’est pas coupable du mauvais sort qui est fait. C’est réagir ensemble, pour tous.

Après s’être parlé, il faut écrire, par exemple à plusieurs, ce qu’on ressent, ce qu’on pense. Il faut trouver les mots pour dire les accusations, pour se dire qu’on n’est pas coupable, qu’on rejette ces accusations. Par exemple, dans un pays laïc, pratiquer une religion n’est ni interdit, ni condamnable. Au contraire, la laïcité signifie que chacun peut pratiquer librement sa religion. Comment est-ce que ce mot peut-il maintenant couvrir une islamophobie galopante ?

Dans « les banlieues » des officiels veulent détruire les immeubles et les collèges. Leur refrain ? Ces lieux seraient des bombes à retardement. Bien sûr si les officiels traitent aussi mal une partie de la jeunesse du pays, on peut s’attendre à ce que certains s’énervent et fassent des bêtises. Mais dans ce cas qui est vraiment le coupable ?

Autre exemple, l’intégration. En parler, dire ce qu’on en pense, c’est démonter le piège tendu. Non, personne ne doit changer sa nature pour essayer de coller à des règles infinies. Chacun doit entendre que ce mot est utilisé pour isoler, pour séparer les gens, pour les monter les uns contre les autres et que nous ne supportons pas ça, parce que justement nous savons que le pays c’est les gens qui y vivent et que toute division prépare le pire.

Robin
28 Juin 2026

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